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28.09.2007

Les singes savants

Je n’irai pas voir la Crevette d’acier ce soir. Je n’ai trouvé personne d’autre pour m’accompagner. 

C’est dommage, parce que les concerts à l’Atelier 210, ça me motive bien en général. 

Je sens que je devrais fréquenter davantage ce genre d’endroit. La bière est relativement bon marché, les concerts gratuits ou presque. Ce n’est pas de la grande musique, mais on peut danser (j’ai très envie de danser). Et puis, surtout, c’est plein de garçons très gentils et très saouls qui n’ont pas l’habitude de croiser des énergumènes dans mon genre. C'est pratique : je peux jouer sur l’effet de surprise.

C’est d’ailleurs de là que j’ai ramené (comme tu dis) ma dernière histoire qui n’a pas fait mal.

Tu étais déjà parti quand on est sorti ensemble, mais je t’en ai parlé - à l'époque je pouvais te parler de trucs comme ça sans que tu me fasses des crises de jalousie intempestives. Le bel Igor. Il m’a larguée comme les autres - ou plutôt il n’a pas donné suite - mais il a eu le bon goût de ne pas faire de dégât. J’apprécie...

Je ne comprends toujours pas comment j’ai fait pour l’avoir, celui-là. Au matin (il a passé la nuit chez moi, mais on était tous les deux beaucoup trop bourrés malheureusement pour que quelque chose de sérieux puisse se produire), je lui ai dit qu’il était tellement beau qu’il devrait se prostituer. Il a pris ça comme un compliment.

C’était un beau paumé, gentil, pas du tout fait pour moi. C’est mieux : au moins, je n’étais pas tentée d’échafauder des plans. Si je le recroise, à un concert ou au théâtre (je t’avais dit que son père est directeur de théâtre ?), pas sûr qu’il me reconnaîtra. Mais si c’est le cas, il n’y aura pas de malaise, on boira une petite bière ensemble en toute sympathie – je ne lui parlerai pas des SMS minables qu’il m’a envoyés pour « reporter » notre rendez-vous.

C’est ça qu’il me faut en ce moment : un nouvel Igor. Ou un Anton ou un Ivan ou quelque chose comme ça.

En ce moment, peut-être encore plus que de danser, j’ai envie de grands garçons pétés qui portent des jolis prénoms. Le genre de types qui ont entendu de la musique classique quand ils étaient dans le ventre de leur maman. Ils sont attendrissants, je trouve. On devine presque encore la marque de leur sac Eastpak sur leurs larges épaules (ils ont fait huit ans de water-polo).

Ce sont des bonbons, ces mecs. Ils n’ont pas peur de l’avenir, ça les rend gentils. Ça me changerait des tordus un peu moches auxquels je m’accroche en général, et qui font mal (pas qu’aux dents).
 

C’est la Nuit blanche demain, je n’y irai pas non plus : je n’ai trouvé personne pour m’accompagner.

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