06.10.2007

Scène de la vie conjugale

Depuis quand on se parle de nos histoires de cœur ? C’est nouveau ? Je n’aime pas trop ça en fait. 

Que j’écrive ici mes pauvres déboires amoureux et que tu les lises, c’est une chose. Mais que tu me dises tranquillement, yeux dans le yeux, à une table de restaurant, « je crois que je suis un peu amoureux aussi en ce moment », c’en est une autre, que je ne veux pas accepter. 

Je ne souhaite pas ton malheur, mais j’espère franchement que cette histoire n’aboutira pas trop vite. Tu plais beaucoup aux filles, alors je t'en prie fais un effort. Pour moi. Attends que je me trouve quelqu’un que j’aimerai et qui m’aimera un minimum. Je ne supporterai pas de te voir dans les soirées, accompagné, avec un air amoureux - à moins que je ne sois moi aussi amoureuse et heureuse. 

Je te le disais l’autre jour, à cette table de restaurant : j’aime bien que tu sois avec ta copine que tu n’aimes pas. Tu as rigolé quand je t’ai dit ça, mais c’est sérieux. 

Ça commence à s’éterniser ton histoire, je trouve. Ça pue la fin maintenant. Cette pauvre fille va avoir trente ans, j’imagine que ça doit lui peser de se contenter de si peu - elle est sans doute consciente que tu es capable de tellement plus. Si tu ne la largues pas comme tu as l’intention de le faire (mais quand ?), c’est elle qui le fera certainement un jour ou l’autre. 

Je sais que tu as besoin d’être en couple. Tu as commencé jeune, même avant d’être avec moi, c’est dire. Je ne pense pas qu’il te soit déjà arrivé de rester célibataire plus de trois mois. Si cette histoire finit, tu vas donc en recommencer une autre bien vite, je te connais. Peut-être avec cette fille dont tu me dis être « un peu amoureux ». 

Ça me fait peur. D’avance, je ne l’aime pas, cette fille (« cette greluche », comme tu dis). Je sais que je vais la détester. Le peu que tu m’en as dit ne me laisse aucun doute là-dessus. Mais, pour être honnête, ça n’a pas tellement d’importance, qu’elle ait des grands airs, qu’elle soit une madame parfaite. Ce qui me fait peur, c’est que tu me laisses tomber, pour de vrai. 

Cette nuit, tu m’as encore souhaité bonne nuit à quatre heures du matin. Tu devais être bourré, comme tous les vendredis soir. Ça me réveille, évidemment, quand tu fais ça. Mais ça me rassure aussi, sur le fait que tu tiens toujours à moi. J’ai besoin de ces preuves d’attachement naïves, touchantes. Ça me fait tenir le coup.

Je suis sûre que quand tu aimeras quelqu’un d’autre, je ne recevrai plus de ces messages absurdes en pleine nuit. Mon sommeil ne sera plus perturbé, mais mes nuits n’en seront pas plus paisibles, au contraire. A moins que, d’ici là, moi aussi j’aie « trouvé l’amour » (dans ce cas, de toute façon, j’éteindrai mon GSM pour dormir et je m’achèterai un réveil comme tout le monde).

22.09.2007

Ecrire (des SMS) pour une idole à trompe

Non, je ne me suis pas trompée de destinataire. C’était « une performance ». 

Mon ami était en train de me parler d’une de ses admiratrices, qui ne lui donnait plus de nouvelles. Il me disait qu’elle avait un certain talent pour les déclarations farfelues, qu’il aimait ça, même si souvent il se foutait de sa gueule. Un jour, après des semaines de silence, elle lui avait envoyé un SMS qui disait juste : « Michel Foucault ». Je me souviens qu’il nous avait montré le message en question à l’époque, et qu’on avait bien rigolé. Cette fille passait pour une vraie folle. N’empêche que maintenant il a envie de la recontacter.

Tu vois, je n’ai fait que copier, c’est nul. Il me racontait cette histoire que je connaissais déjà, et j’ai pris mon GSM impulsivement pour composer ce message débile. 

Sauf que je n’étais plus sûre à cent pourcents de l’orthographe du nom du philosophe. En plus, comme je ne connais rien sur lui, ça me semblait un peu usurpé de te balancer son nom comme ça (le surréalisme a ses limites quand même). Mon inculture fait peur parfois : je pensais qu’il avait un lien avec cette histoire de « Pendule de Foucault » avant d’aller vérifier sur Wikipedia. J’ai bien fait de m’abstenir (pour l'hypothèse hautement improbable où tu aurais réagi).

Oh, tu sais, je ne suis pas beaucoup plus calée sur André Malraux en fait. Mais j’ai L’Espoir dans ma bibliothèque (je l’ai commencé dix fois, je le finirai sans doute un jour) et j’ai analysé des extraits de La Condition humaine à l’école. Le seul livre que j’ai lu en rapport avec lui, c’est une biographie (ou une autobiographie ?) de sa femme, Clara. J’étais très jeune quand je l’ai lue, mais j’en garde un bon souvenir. 

Je ne suis pas sûre que tu aies apprécié le geste (ni ta copine d’ailleurs, qui risque de croire que mon message est une réponse à quelque chose - je te jure que je n’y pensais pas en le faisant). Moi, ça m’a fait rire en tout cas. Ça a aussi beaucoup plu à mon ami, qui adore quand j’agis impulsivement. 

Je crois que si je t’aime à ce point, c’est parce que tu arrives à me faire faire des choses comme ça. Je voudrais être ce type de fille, prête à tous les ridicules par amour. Ça plaît rarement aux hommes, je sais, mais moi ça me plaît - c'est ce qui compte.