23.08.2007

A moi les petits Français (sur un air de la compagnie créole)

Un peu que je suis toujours partante pour ta pendaison de crémaillère samedi. Les soirées à thèmes, c’est pas trop mon truc en général, tu sais bien, mais pour toi je vais faire un effort.

J’apporterai un cocktail avec des fruits tropicaux, pour être raccord avec l’ambiance « des zîles » qui est de rigueur si on en croit ton mail d’invitation (foutu phénomène, quand même, le z prosthétique). Par contre, pour le déguisement, ne compte pas trop sur moi. La chemise hawaïenne ne me va pas. A la limite, pour te faire plaisir, je mettrai ma bague avec des fleurs et des papillons que tout le monde trouve ridicule (moi, je l’aime bien).

Je ne te cache pas que ce qui me motive surtout dans cette soirée, c’est de rencontrer les amis de ton copain. Toute une ruche de petits Français sportifs et pleins de fric à deux pas de chez moi, c’est une aubaine (comme ils sont sportifs et pleins de fric, ils ont sans doute tous une copine, mais tu sais bien que je ne m’arrête pas à ce genre de détail...). 

Ça a toujours été mon péché mignon, les petits Français. Ça doit être l’accent, qui me rappelle les vacances. Je suis très sensible aux accents (et aux voix de manière générale). Ce qui me plaît le plus, c’est celui du Nord (et pourtant je ne me rappelle pas avoir passé des vacances dans cette belle région – trop sous-estimée au niveau  touristique). Mon chouchou du moment a une voix mélodieuse de présentateur radio des années quatre-vingt, avec l’accent de la Côte d’Opale en bonus. Et, si tu te souviens bien, on prenait toujours Nico pour un Parsien (à cause des chansons de Renaud qui avaient fini par déteindre sur son accent de La Louvière). 

J’ai un vrai radar à Français, c'est bien connu. Dès qu’il y en a un quelque part, je le repère. Il faut dire qu’à Bruxelles on ne peut pas les louper, ils sont partout (même s’ils sont surtout concentrés dans les ghettos pour fonctionnaires européens et cadres pleins de thunes que sont le Châtelain et le haut de Saint-Gilles). Pas étonnant que tu aies fini par en approcher un de très très près (oui, je sais, tu as fait sa connaissance dans un bus d’aéroport en Pologne, mais faut pas le dire, ça casse mon coup)...

Y en aura bien un petit pour moi à cette soirée, dis ? Je ne demande même pas qu’il ait la belle geule de ton Normand qui ressemble à un moniteur de ski... 

J’ai cru comprendre qu’ils sont un peu « claniques », les copains de ton copain. Ils aiment bien rester entre eux. Mais je suis sûre qu’avec mon cocktail ça peut vite  s’arranger ça (tu ne pensais quand même pas que je comptais amener un truc non-alcoolisé ?). 

Je ne serai pas difficile, je ne critiquerai pas pour une fois. Pas grave s’ils tendent l’autre joue quand ils disent bonjour ou s’ils ne savent pas comment s’appelle notre premier ministre, alors qu’ils sont par ici depuis des années. Je suis toute prête à leur apprendre ces petites subtilités... Après tout, ce n'est pas le plus important, ces considérations cultuelles (j'ai trouvé un Français qui en sait plus que toi et moi réunies sur la fusion des communes et le folklore bruxellois, mais il ne veut pas de moi, alors ça me fait une belle jambe qu'il soit si bien "intégré").