17.11.2007
L'amour à la machine
J’ai allumé ma télé ce midi, pour me tenir compagnie pendant que je m’enfilais mes tartines aux rillettes. Il était trop tard pour le journal, alors j’ai zappé sur les chaînes musicales. Je suis tombée (de haut) sur cette émission incroyable qui diffuse des clips et, en même temps, des petits messages créés par une machine à partir de deux prénoms. Le but est de savoir si les personnes qui portent ces prénoms sont « compatibles » sentimentalement. Si leur histoire d’amour a une chance d’aboutir ou s’il vaut mieux arrêter tout de suite avant qu’il ne soit trop tard. C’est hyper-scientifique comme système, faut pas croire.
Ça rappelle, en plus technologique, ce jeu que je faisais quand j’étais gamine. De calculer à combien de pourcents un garçon était amoureux de moi en barrant les lettres communes de nos prénoms et en faisant des additions biscornues. Ça donnait des formules du genre « Machin loves Laurence » (= 63% selon mes calculs - c’est moins que l’autre plouc qui m’obsède, qui paraît-il m’aime à 70% et qui malgré ça n’est pas foutu de réagir à mon cadeau). Même qu’on ne savait pas à l’époque qu’il fallait un « s » à « love » à la troisième personne du singulier, et que si ça tombe à cause de ça tous les calculs étaient faussés…
J’ai du mal à croire que des gens envoient vraiment des SMS surtaxés très chers pour participer à ce truc à la noix. Déjà, les prénoms qui défilent me semblent douteux (tout à l’heure, il était question d’une certaine Georgine - à part dans les pièces de théâtre, personne ne s’appelle comme ça en vrai que je sache). Et puis, on voit tout de suite que c’est de l’arnaque. Des fois, avec les mêmes prénoms (ce qui signifierait que des gens envoient plusieurs SMS, histoire d’être tout à fait sûrs de leur coup ?), on arrive à des résultats différents.
Le plus drôle, ce ne sont pas tellement les pourcentages, mais plutôt les petits commentaires aléatoires qui vont avec. [En passant, ça n’a rien à voir, mais tu sais que mon mot préféré, en ce moment, c’est « randomisation » ?] Quand on regarde l’émission longtemps, on s’aperçoit que ce sont toujours les mêmes phrases qui reviennent. L’une d’entre elles me fait particulièrement sourire, c’est « Machin ne se brosse jamais les dents ». Je ne sais pas pourquoi, ils l'aiment bien celle-là. Ça doit être l’insulte suprême pour les adolescents à qui est destiné ce truc (ce qui viendrait confirmer notre discussion de l’autre fois, à propos de l’obsession adolescente-petite-bourgeoise de la blancheur des dents et des ongles).
Je suis aussi frappée par le côté très directif et très précis de ces commentaires. Ils n’y vont pas de main morte : « Laisse-tomber, ce tye est un connard », « Cette fille te fera souffrir », « Il n’est pas fidèle, il va te tromper » (je n’ai pas noté, je t’avoue, ce n’est sans doute pas exactement ça qu’ils disent - déjà j’oublie le langage SMS de rigueur - mais enfin c’est l’idée). Il y a de quoi avoir peur du verdict de la machine…
Moi, quand je lis l’avenir des gens dans les bistros à partir de cartons de bière déchirés, je suis beaucoup plus évasive. J’essaie toujours que ça soit plutôt positif aussi. Ou du moins qu’il y ait un espoir quelque part à l’horizon. Et je ne me permets en tout cas pas de dire aux gens ce qu’ils devraient faire. Jamais par exemple je n’oserais dire à quelqu’un qu’il doit absolument quitter sa copine (sauf s’il me plaît vraiment très fort évidemment, ou si je connais sa copine et que c'est effectivement une grosse conne qui ne le mérite pas).
La machine, elle, ose. Sans état d'âme, sans mettre de gants. Il faut croire que c’est ça qui plaît maintenant : la culture de la baffe dans la gueule, qui m’est tellement étrangère, quoi qu’on en pense.
Il faut que j’arrête de regarder la télé, ça me rend philosophe de comptoir (à moins que ce soit la soirée d’hier ?).
17:05 Publié dans T'as vu ça ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chaîne musicale, émission, amour
08.09.2007
Je me morcelle, mais c'est pas grave
Je voulais répondre à ton mail ici (car avec toi ça ne pose pas de problème). Mais plus j’y pense, moins je trouve de quoi te répondre. A part : tu as tout à fait raison.
Quand tu dis, à propos de mon blog :
« Et tout d'un coup tu écris les choses de ta vie comme si elles n'étaient rien, tu te racontes par petits bouts, tu te morcelles, tu minimises, tu mésestimes, tu te fous de ta propre tête, ou de la tête des gens... ».
C’est exactement ce que je recherche, donner une image morcelée de moi (parce que je suis en morceaux).
Par contre, me foutre de la tête des gens, pas vraiment. Tu l’as deviné, même si je veux à tout prix donner une impression de détachement, c’est assez sérieux ce qui ce passe ici. L'enjeu n'est pas mince, et je compte beaucoup sur les gens au contraire (comme toujours d'ailleurs).
Je repense beaucoup à ton mémoire, à ta thèse. C’est un peu confus dans ma tête, mais il me semble qu’une des conclusions était que le blogueur n’était pas dans une bête démarche d’exposition, mais plutôt dans une quête d’identité.
Le morcellement me semble parfait pour ça. Dès le départ, c’était mon projet avec ce blog. Evoquer les différentes facettes de ma vie, même les plus insignifiantes, et laisser au lecteur la tâche – qui moi me dépasse – de reconstruire le puzzle.
Tu sais bien que je suis toujours à la recherche de l’âme soeur. De quelqu’un (un homme) qui me comprendra parfaitement, et que je comprendrai parfaitement. J’avoue qu’ici je lui lance un beau petit défi. Mettre de l’ordre dans ce fouillis et me reconnaître malgré (ou grâce à) ce désordre, c’est coton. Mais on n’a jamais dit que c’était facile, l’amour.
Je ne voudrais surtout pas que tu t’inquiètes pour moi. C’est sûr que je ne vais pas très bien en ce moment (ce qui m’est arrivé cette semaine m’a encore plus fragilisée – déjà que ce n’était pas brillant) mais, tu vois, je n’ai pas perdu cet espoir qui me fait vivre.
Donc, quand tu dis : « C'est que je pense qu'au lieu d'être une manière de survivre, ta façon de t'ancrer à mort dans la "réalité très concrète des choses" t'enterre », rassure-toi. On n’est pas prêt de m’enterrer (on n’enterre pas les gens vivants, par chez nous – et je suis bien vivante, je sens mon coeur qui bat).
09:50 Publié dans J'ai un blog, mais faut pas le dire, Rééducation sentimentale | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : blog, morcellement, âme soeur, amour, puzzle, quête d'identité
04.09.2007
Je te souffle
Marre de devoir t’extorquer les excuses que je mérite et de ne jamais y trouver mon compte. Marre d’être cassée en petits morceaux à chaque fois que je tente un geste dans ta direction. Aujourd’hui, je suis carrément en miettes. C’était dur, pour le coup. Après ton silence, ce sont tes mots qui m’ont foutue par terre. J’ai besoin d’être consolée, et vite. Par toi, si c'est possible.
Mais je sais que ce n'est pas ton fort, les excuses et les consolations. Même si tu en avais envie, tu ne pourrais pas. Tu es maladroit, durement méchant avec moi (tu as pris cette sale habitude). Tu manques d’humilité, d’humanité, ou simplement d’amour. Moi qui en suis pleine, allez va : je vais te souffler les mots.
Voilà ce que j’aimerais que tu me dises si tu étais un homme (je te donne les grandes idées, tu n’as qu’à faire un copier/coller, puis broder un peu autour, je te fais confiance).
Je suis un pauvre type.
Un idiot de ne pas vouloir essayer.
C’est que ça me fait peur, tout cet amour que tu fais miroiter. Je n’ai pas l’habitude.
Les trop grands sentiments, ça m’effraie. Je préfère me contenter de quelque chose de plus moyen pour le moment.
C’est pourquoi elle me convient, cette fille moyennement intelligente, moyennement aimante. Elle me repose de toi.
Quand je lui dis « je t’aime », au moins je peux mesurer ce que ça signifie.
Avec toi, c’était trop grand, je m’y perdais.
Tu as raison, j’ai tout fait pour que rien ne soit possible entre nous. J’ai tout pourri. J’avais décidé à l’avance que je n’en voulais pas, de toi.
Je t’ai poussée à bout, sciemment. Ça me plaisait de te voir folle, mais ça a fini par me dépasser.
Je suis désolé de t’avoir fait souffrir.
Excuse-moi. (j’insiste sur le « excuse-moi », j’en ai besoin)
Ça aurait pu être génial, nous deux, si je n’avais pas été aussi buté.
Sois heureuse, tu le mérites. Tu es une fille super. Intelligente, drôle et bien foutue. Je suis heureux de t’avoir rencontrée.
N’oublie pas : je ne suis pas mort, tu n’es pas morte. On se recroisera peut-être, certainement.
Bonne nuit, porte-toi bien.
00:05 Publié dans Rééducation sentimentale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : amour, excuses, consolation
17.08.2007
Help !
Hein qu’on va bien ensemble ? Maintenant que tu as l’occasion de me connaître un peu mieux, via ce blog (je sens que tu le lis), tu en es certainement convaincu comme moi. On a les mêmes intérêts pour des sujets désuets et « hype » à la fois. Les mêmes ébahissements face aux petits détails insignifiants. Le même ancrage dans le quotidien. Lui et moi, c’est évident, on est fait l’un pour l’autre.
Je ne comprends pas pourquoi il ne veut pas l’admettre. C’est une tête de mule quand il veut ton copain.
Ça fait maintenant des semaines qu’il me fait la gueule. Il refuse catégoriquement de me voir. Quand j’insiste (c’est de sa faute si j’insiste, il n’a qu’à pas refuser), il me dit des choses dures et pas sympa. Enfin, maintenant, il ne dit plus rien : il fait le mort, c’est pire. Jusque son blog qu’il a laissé tomber, pour m’emmerder je parie (il va dire que non, que c’est parce qu’il est très occupé, en vacances, submergé de boulot, mais je reste persuadée que ça l’arrange bien de jouer les hommes invisibles).
Je ne sais pas ce qui cloche chez moi. Je t’assure, j’ai été charmante avec lui. Je faisais tout pour lui plaire, et j’y arrivais en plus, j’en suis sûre. Quand on se voyait, je réfléchissais pendant des heures à ce que j’allais porter (je crois qu’il avait un faible pour mes petits t-shirts moulants – il aime bien mes seins). Je m’intéressais à sa vie, à ses passions (pourtant reconnais qu'il faut s’accrocher parfois), et je choisissais des sujets de conversation susceptibles de le mettre en valeur. Ca se passait vraiment bien entre nous, à tous niveaux. Je ne comprends pas ce qu'il me reproche.
Il dit que c’est parce que je suis trop excessive, que je lui mets la pression. Ça ne me semble pas si grave ce que j’ai fait pourtant. Quelques mails, quelques coups de fil intempestifs, une invitation foireuse et ridicule (demande-lui de te raconter, ça vaut son pesant de cacahouètes). Trois fois rien. Juste de quoi lui rappeler que j’existe (il va m’oublier sinon, une autre va me le prendre). Et mettre une touche de piquant dans la vie (toute douce la touche), de fantaisie. J’ai toujours essayé de rester sur un mode léger avec lui (là encore je le fais, tu vois bien), mais il prend tout au tragique. Et voilà qu’on est carrément en guerre maintenant, c’est triste.
A mon avis il ne t’a jamais parlé de « nous ». Il est plutôt pudique sur sa vie privée et amoureuse l’asticot (pas comme toi qui as l’air d’avoir la drague plutôt publique). Moi j’ai tendance à déballer. Je sais que ça ne lui plaît pas trop, mais j’ai viscéralement besoin de m’exprimer. S’il veut une fille qui la ferme, il n’a qu’à retourner aux pétasses bien élevées du Brabant wallon.
Il est dans un déni complet par rapport à ce qui s’est passé entre nous. Son idée fixe est que ce n’est rien d’autre qu’une histoire de cul (ça doit être son truc, car la première fois qu’il m’a parlé de son ex-ex-petite copine, c’est aussi comme ça qu’il me l’avait présentée).
C’est n’importe quoi cette histoire. L’attirance est là, réciproque, c’est sûr (pour ma part je ne me l’explique pas, car a priori je ne le trouve pas beau du tout, mais le fait est). Au-delà de ça, il y a plein d’autres choses. Je ne pense pas que les personnes qui entretiennent une relation purement physique puissent discuter de grammaire ou d’autres conneries qui n’intéressent personne pendant des heures.
J’ai une forte tendance à l’érotomanie, je sais. J’ai déjà eu de mauvaises expériences avec ça. Mais sur ce coup-là j’ai la certitude que c’est lui qui déconne.
Ça me gène un peu de te demander ça comme ça, mais tu ne peux pas faire quelque chose pour arranger les bidons ? Il me manque tellement. Allez... Pour te faire pardonner de ne pas m’avoir ramené jusqu’à un taxi la dernière fois (vu l’état dans lequel j’étais, ce n’était pas du tout prudent, d’ailleurs ça a failli mal tourner).
Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour lui. Je le sens, à distance, fort patraque (ce n’est jamais bon signe quand il s’enferme et qu’il n’est là pour personne). Moi, je t’en ferais un homme heureux de ton ami, en deux temps trois mouvements.
02:25 Publié dans Rééducation sentimentale | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : amour, érotomanie, aide
07.08.2007
Au suivant (comme chantait le grand Jacques)
J’ai le câble maintenant, c’est chouette. J’occupe mes soirées utilement. Les conneries à la télé, ça me détend. Et parfois aussi ça me fait gamberger.
Tu sais que j’ai un faible pour la télé-réalité. J’assume totalement le fait qu’il m’arrive de m’affaler sur le canapé le vendredi soir pour regarder le « Prime » de la Starac (avec une boîte de ravioli en plateau-télé de préférence). Tu fais la fine bouche, mais je t’ai déjà surprise à mater L’île de la tentation, alors…
En ce moment, j’aime particulièrement l’émission Next, qui passe de temps en temps sur MCM (à chaque fois que je zappe il faut croire). C’est dingue, ce truc. Je ne sais pas si tu connais le concept : dans un bus, il y a cinq filles (ou cinq mecs, ou cinq gays, ou cinq lesbiennes – quand je dis ça on a l’impression que les gays et les lesbiennes sont un « genre » à part, et c’est bien l’impression que donne l’émission) qui doivent draguer un mec (ou une fille, ou un gay, ou une lesbienne, donc). Jusque là c’est assez classique. Celui qu'on doit séduire fait passer des épreuves grotesques aux « candidats » (genre tondre des moutons ou laver des grosses voitures - on est aux Etats-Unis quand même).
Là où ça devient intéressant, c’est que, si la personne qu'il a devant lui ne lui plaît pas, le type qu'on drague n’a qu’à dire « Next », et il passe au suivant. Bon, après ça devient une histoire de gros sous : le candidat qui a passé avec succès les épreuves a le choix entre repartir avec de l’argent ou obtenir un second rendez-vous (en général, l’honneur est sauf, ils choisissent « l’amour »). La somme gagnée correspond en dollars au nombre de minutes qu’a duré le rendez-vous. J’ai d’ailleurs lu dans Wikipedia – car il y a un article sur Next dans Wikipedia ! – qu’il y avait des magouilles au niveau du décompte du temps, eh ben ça je l’aurais pas cru didon…
Moi, ça me fascine, cette émission. C’est de la blague, bien sûr, mais si on transpose ça dans la vraie vie, ça me laisse rêveuse. Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir dire « Next » aussi facilement moi. Virer comme ça, sans état d’âme, les types qui traversent ma vie. Les virer de ma mémoire surtout, j’entends (eux ont plutôt tendance à s’enfuir en courant). Tu le sais, je suis très forte pour m’accrocher et traîner des vieux chagrins d’amour pendant des années.
Pourquoi ma vie ne ressemble-t-elle pas à une émission de télé-réalité américaine ? Mes « candidats » à moi ne sont ni catcheurs, ni mannequins, ni pompiers, pourtant j’ai l’art de faire traîner les choses longtemps. Ceux qui « y sont passés », par mon amour (car on a vraiment l’impression, à les entendre, que c’est une calamité), auraient gagné un beau pactole, si on était dans un épisode de Next.
Toutes ces bimbos n’ont l’air d’avoir aucune difficulté à « passer à autre chose », avec un beau sourire Pepsodent. Pendant ce temps, moi, je fais la grimace. Y a rien à faire, mais ça a tout de suite l’air moins douloureux, l’amour, avec une laide infographie et des sous-titres débiles en dessous.
22:35 Publié dans Rééducation sentimentale, T'as vu ça ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télé-réalité, next, amour

