23.09.2007

Déglinguée

Depuis quatre-cinq jours, j’ai mon œil qui me fait de l’œil. Je cille ou quelque chose comme ça. De l’œil gauche seulement. Pourtant, mes collègues me disent que ça ne se voit pas. C’est bizarre, moi je le sens très clairement.

Il paraît que ce genre de clignement d’oeil involontaire, ça vient d’un manque de vitamines C ou de sommeil. C’est bien possible : mon super blender qui me fait de super jus de fruits n’a plus servi depuis longtemps et j’ai pas mal d’heures de dodo en retard. Mais je trouve quand même étrange que ça ne fasse ça qu’à un seul œil. Le manque de vitamines ou la fatigue ne s’attaquerait qu’à mon œil gauche ? Je ne me l’explique pas. 

Je crois que c’est plutôt nerveux. Je suis hyper stressée en ce moment, c'est un fait. Y a pas assez de plaisirs, trop de soucis dans ma vie. Mes mains, qui tapent sur le clavier, sont toute raides, comme quand je fais de la spasmophilie. C’est l’angoisse qui me garrotte, alors je fais de la tétanie diffuse. Tout ça n’est pas très scientifique, je le reconnais, mais je crois que je ne suis pas si loin de la vérité. 

Je m’inquiète pour ma santé, comme une vieille femme. Comme toi qui le fais tout le temps et que je rassure deux fois sur trois.

Sans rire, c'est sérieux. Ce n’est pas bon pour moi, toute cette angoisse qui me paralyse et me fait faire n’importe quoi. Je sens que je tire sur la corde en ce moment, je me malmène. Je vais dormir tard et mal, je travaille trop, je saute des repas (il y a même plus d'olives dans le frigo).

A force, ça va finir par m’abîmer, ce mode de vie. Ça me désole, mais je ne peux pas y faire grande chose (j’ai perdu les calmants que le médecin m’avait prescrits, et même si je les retrouvais je n’arriverais pas à les prendre plus de deux jours d’affilée - de toute façon là n'est pas la solution). 

En plus, j’ai une mauvaise hérédité. Je me vois bien grossir les statistiques des filles qui font une thrombose dans la trentaine (me restent deux ans à tirer). Pourtant, je ne fume pas et je ne prends plus la pilule – à quoi bon. On avait fait ce pari stupide avec Lio : le premier de nous deux qui a une crise cardiaque paie un resto chinois à l’autre. Nous étions jeunes et cons. Aujourd’hui, je sens que je n’ai plus vingt ans, car je n’ai plus le cœur à rigoler avec ça. 

Je me sens mal en point ce soir, vraiment. Je crois que je ferais mieux d'aller dormir tôt, au lieu d'inquiéter ma maman inutilement (tu sais comme elle est).

04.09.2007

Faire des petits

Une fois n'est pas coutume, ma « blonde » collègue a eu un bon mot.

Il se fait que j'accueillais aujourd'hui deux nouveaux collaborateurs (dont je serai presque la chef, ça frime, hein ?). Alors elle me dit comme ça, en les voyant installés autour de moi à leurs bureaux tout neufs : « Tiens, Laurence, t'as fait des petits pendant la nuit ? ».

C'était marrant. Pas super délicat quand on connaît mon angoisse sur la question de la reproduction, mais marrant. 

12.08.2007

Les filles qui font du cinéma m'angoissent quand elles parlent de bébés

Ta soeur et moi, décidément, ça ne collera jamais. Elle est gentille, et pas si idiote que je l’ai parfois laissé sous-entendre, mais elle me met mal à l’aise. Je n’arrive pas à la cerner. Les filles qui ont l’air de sortir d’une publicité pour Monsavon ou pour Spécial K, ça me tétanise toujours. J’ai tendance à les prendre de haut, pour me défendre de ce malaise, mais avec elle je n’y arrive pas (et je sais que tu ne me laisserais pas faire en plus). 

Tu as sans doute remarqué que ça avait encore failli déraper l’autre soir, quand on a parlé du fait de faire des bébés. Ca partait sans doute d’un bon sentiment de sa part, mais son « Si je me souviens bien, Laurence, à mon âge toi aussi tu étais avec quelqu’un et toute prête à avoir un enfant » m’a presque mise KO. Il y a des sujets sur lesquelles je suis très chatouilleuse en ce moment. 

De manière générale, j’ai l’impression que, sur le thème de la maternité, j’ai un problème avec les gens (les filles) qui font du cinéma. L’autre jour, j’ai vu une interview de Marie Gillain à la télé, qui m’a bizarrement touchée (bien la première fois que cette actrice fade au possible me touchait). C’était dans cette émission où un type dont j'ai oublié le nom interroge une célébrité belge tout en mangeant un bout avec elle. Le ton se veut intimiste et décontracté, et ça dévie souvent sur la vie privée des invités. 

Marie Gillain parlait donc de sa vie sentimentale et de son statut de jeune maman comblée (c’est la grande mode chez les comédiennes). Elle disait une niaiserie sur sa fille, genre que c’était « le plus beau cadeau que la vie lui avait fait ». Et puis elle expliquait que c’était une chance qu’elle aurait très bien pu ne jamais connaître. Apparemment, jusque peu avant sa rencontre avec « l’homme de sa vie » (pour la petite histoire, c’était son amour de jeunesse, qu’elle avait perdu de vue), elle croyait qu’elle faisait partie des gens qui n’avaient pas de chance en amour et qu’elle devrait se résoudre à faire un enfant « sans ». Puis, par hasard, elle a croisé le futur père de son enfant dans la rue, et voilà. 

C’est super banal comme histoire, mais j’étais captivée. Elle disait tout ça sur un ton de bonheur béat, persuadée je parie qu’elle distillait un message super optimiste. Et moi j’étais comme une conne devant ma télé, à angoisser en me disant que c’est affreux si le bonheur ne tient comme ça qu’à un fil. 

J’étais partie pour écrire sur ta soeur, et voilà que je parle de Marie Gillain, dont je me fous complètement. C’est un terrain moins glissant, c’est sûr (je sais que tu peux être très susceptible quand il s’agit de ta famille). Mais c’est tout aussi efficace pour t’expliquer mon angoisse par rapport à la maternité et au bonheur en général.  Tu sais à quel point ça me pourrit la vie, ce truc.

Le temps passe et je m’enlise de plus en plus dans une situation personnelle insatisfaisante. Je dois m'y résoudre : je ne peux compter que sur le hasard pour que ça change. Je déteste ça. Tu sais que la patience n’est pas mon fort. Alors, j'essaie de forcer le hasard et ça tourne presque toujours à la catastrophe ou à rien (les hommes n’aiment que les filles cruches qui se laissent vivre). Mais je suis censée faire quoi en attendant qu’il se pointe, le bonheur ? Me tourner les pouces et regarder des bêtes émissions à la télé ? 

Hier, j’étais à une soirée de scénographes (tu vois, je fais des efforts, j’essaie de rencontrer des gens). Ça peut avoir un lien avec le cinéma, la scénographie, ça doit être pour ça. Je me sentais si triste. Une fille qui avait bien quatre ans de moins que moi était là avec ses jumelles. Elle prenait le même air bonhomme que ta soeur et Marie Gillain pour me rassurer (cette façon d’arrondir la bouche et les yeux).  Et ça ne marchait pas du tout.

J’en ai rien à foutre de leur gentillesse. J’ai peur. Et ce n’est pas d’écouter des gamines heureuses au teint blanc qui va me remonter le moral.