12.08.2007
Les filles qui font du cinéma m'angoissent quand elles parlent de bébés
Ta soeur et moi, décidément, ça ne collera jamais. Elle est gentille, et pas si idiote que je l’ai parfois laissé sous-entendre, mais elle me met mal à l’aise. Je n’arrive pas à la cerner. Les filles qui ont l’air de sortir d’une publicité pour Monsavon ou pour Spécial K, ça me tétanise toujours. J’ai tendance à les prendre de haut, pour me défendre de ce malaise, mais avec elle je n’y arrive pas (et je sais que tu ne me laisserais pas faire en plus).
Tu as sans doute remarqué que ça avait encore failli déraper l’autre soir, quand on a parlé du fait de faire des bébés. Ca partait sans doute d’un bon sentiment de sa part, mais son « Si je me souviens bien, Laurence, à mon âge toi aussi tu étais avec quelqu’un et toute prête à avoir un enfant » m’a presque mise KO. Il y a des sujets sur lesquelles je suis très chatouilleuse en ce moment.
De manière générale, j’ai l’impression que, sur le thème de la maternité, j’ai un problème avec les gens (les filles) qui font du cinéma. L’autre jour, j’ai vu une interview de Marie Gillain à la télé, qui m’a bizarrement touchée (bien la première fois que cette actrice fade au possible me touchait). C’était dans cette émission où un type dont j'ai oublié le nom interroge une célébrité belge tout en mangeant un bout avec elle. Le ton se veut intimiste et décontracté, et ça dévie souvent sur la vie privée des invités.
Marie Gillain parlait donc de sa vie sentimentale et de son statut de jeune maman comblée (c’est la grande mode chez les comédiennes). Elle disait une niaiserie sur sa fille, genre que c’était « le plus beau cadeau que la vie lui avait fait ». Et puis elle expliquait que c’était une chance qu’elle aurait très bien pu ne jamais connaître. Apparemment, jusque peu avant sa rencontre avec « l’homme de sa vie » (pour la petite histoire, c’était son amour de jeunesse, qu’elle avait perdu de vue), elle croyait qu’elle faisait partie des gens qui n’avaient pas de chance en amour et qu’elle devrait se résoudre à faire un enfant « sans ». Puis, par hasard, elle a croisé le futur père de son enfant dans la rue, et voilà.
C’est super banal comme histoire, mais j’étais captivée. Elle disait tout ça sur un ton de bonheur béat, persuadée je parie qu’elle distillait un message super optimiste. Et moi j’étais comme une conne devant ma télé, à angoisser en me disant que c’est affreux si le bonheur ne tient comme ça qu’à un fil.
J’étais partie pour écrire sur ta soeur, et voilà que je parle de Marie Gillain, dont je me fous complètement. C’est un terrain moins glissant, c’est sûr (je sais que tu peux être très susceptible quand il s’agit de ta famille). Mais c’est tout aussi efficace pour t’expliquer mon angoisse par rapport à la maternité et au bonheur en général. Tu sais à quel point ça me pourrit la vie, ce truc.
Le temps passe et je m’enlise de plus en plus dans une situation personnelle insatisfaisante. Je dois m'y résoudre : je ne peux compter que sur le hasard pour que ça change. Je déteste ça. Tu sais que la patience n’est pas mon fort. Alors, j'essaie de forcer le hasard et ça tourne presque toujours à la catastrophe ou à rien (les hommes n’aiment que les filles cruches qui se laissent vivre). Mais je suis censée faire quoi en attendant qu’il se pointe, le bonheur ? Me tourner les pouces et regarder des bêtes émissions à la télé ?
Hier, j’étais à une soirée de scénographes (tu vois, je fais des efforts, j’essaie de rencontrer des gens). Ça peut avoir un lien avec le cinéma, la scénographie, ça doit être pour ça. Je me sentais si triste. Une fille qui avait bien quatre ans de moins que moi était là avec ses jumelles. Elle prenait le même air bonhomme que ta soeur et Marie Gillain pour me rassurer (cette façon d’arrondir la bouche et les yeux). Et ça ne marchait pas du tout.
J’en ai rien à foutre de leur gentillesse. J’ai peur. Et ce n’est pas d’écouter des gamines heureuses au teint blanc qui va me remonter le moral.
16:55 Publié dans Rééducation sentimentale | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : marie gillain, angoisse, bébés

