20.09.2007
Je suis ballonnée
Ils parlent tous de rugby sur les blogs, c’est marrant.
C’est très français je trouve, de se passionner comme ça pour des événements sportifs populaires, même dans les milieux plus ou moins « intellectuels ». Oh, ce n’est pas une critique. C'est même plutôt mignon au contraire. J’aime bien ce chauvinisme gentil, un peu niais. Chez nous, quand il s’agit de sport, c’est tout de suite plus terne. D'ailleurs, quand c’est la coupe du monde de football, j’ai presque hâte que la Belgique soit éliminée (ça ne traîne jamais de toute façon), pour pouvoir soutenir les Bleus et partager cet enthousiasme candide, tout enrobé de marketing qui enjolive tout.
Mais là, malgré le matraquage publicitaire et l'appel aux sentiments, j’ai plus de mal à m’enthousiasmer. Il faut dire que je ne connais pas les règles du rugby, ça ne doit pas aider. Ce sport est pratiquement inexistant par chez nous. C’est comme ça, c’est bêtement culturel : on est situé trop au Nord pour apprécier le ballon ovale. Donc, les gens s’en foutent de cette coupe du monde (c’est juste emmerdant parce que ça bouleverse les programmes télé de TF1 - avec ça ils ont reporté la Starac...).
Je n’ai pas vu un seul match, je ne sais rien des résultats (je n’allume plus ma télé et les blogs que je fréquente sont trop prétentieux pour aborder la question « de front »). Mais lire des trucs sur le rugby, ça remue en moi un petit quelque chose, qui vient de très loin.
Une fois n’est pas coutume, je vais te parler de mon enfance. C’est juste une petite anecdote de rien du tout, ça ne sera pas long.
Quand je pense au rugby, je revois la cour de récréation de mon école primaire. Une longue cour en béton bordée de préfabriqués, avec un pauvre carré de pelouse où on avait mis un goal de foot (les diables rouges faisaient encore rêver les gosses et les chichos de mon village se prenaient tous pour Enzo Scifo).
Tous les garçons (et ma cousine, qui à dix ans était plus baraquée que les instits) jouaient au foot. Ils monopolisaient la cour, ça m’énervait (je suppose que c'est un problème classique dans les cours de récréation). En plus, moi, j’avais la phobie des ballons. Ma myopie n’arrangeait rien. Ça vous arrivait sur la gueule sans prévenir, ces saloperies, alors qu’on jouait tranquillement à l’élastique (ou simplement alors que je rêvais dans mon coin). Quand j'en voyais un voler, même très loin de moi, je faisais un bête geste pour me protéger. On n'aurait pas osé se moquer de moi (sinon ma cousine cognait), mais je voyais bien que j’étais ridicule.
Un jour, quelqu’un est venu à l’école avec un ballon de rugby. Je m’en souviens très bien, il neigeait ce jour-là. La cour était toute blanche. Je ne sais pas par quel miracle les ballons de foot avaient disparu (je crois qu’ils étaient « bloqués » sur le le toit - ça arrivait tout le temps - et que les instituteurs refusaient qu’on aille les rechercher, vu qu’il faisait glissant).
Celui qui avait amené le ballon en question prétendait connaître les règles. Elles étaient simples selon lui : il fallait aller déposer le ballon derrière une ligne sans le lâcher. Il n’était pas permis de lancer le ballon, on devait se le passer de main en main, jusqu’au bout du terrain. S’il tombait par terre, l’autre équipe le récupérait.
C’était assez violent comme jeu. On se battait avec de la neige, comme des chiffonniers (mes cousins et moi sommes des petits-enfants de chiffonniers – on faisait un peu la loi à l’école).
Je ne sais pas pourquoi, moi si douillette, j’ai absolument voulu jouer. Ça avait l’air tellement gai, de se rouler dans la neige (qui s’était entre-temps transformée en boue) et d’avoir les joues rouges… Dès le moment où j’ai décidé de me mêler à l’affaire, les règles du jeu ont changé dans mon équipe. Le but est devenu de me protéger pendant que je tenais le ballon. Pour mieux dire, c’est moi qui faisais office de ballon. Ceux qui s’approchaient étaient plaqués au sol ou recevaient carrément des coups de poing glacés. Moi, je n’avais qu’à restée recroquevillée : on me portait jusqu’au bout du terrain.
J’ai marqué quelques goals comme ça (on doit peut-être dire « essais », je n’en sais rien). Et je ne me suis pas fait le moindre petit bleu. C’est une de mes rares expériences sportives réussies à l’école.
20:00 Publié dans Devine ce qui m'est arrivé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, souvenir d'enfance, cour de récréation, ballon, sport à l'école

