16.09.2007
Mots d'amis ou d'amours
Ce qui m’attache beaucoup aux gens, ce sont leurs petites manies de langage.
Mon meilleur ami a tendance à utiliser des expressions un peu précieuses, c’est charmant. Vendredi soir, j’ai encore souri quand il m’a expliqué qu’il voulait qu’on aille boire un verre dans un café situé « sur le flanc gauche de la Bourse » (il n’est pas fan de foot pourtant, mais « le côté » lui semblerait vulgaire sans doute).
Le plus drôle, c’est quand il se trompe dans le sens des mots. Par exemple, il va dire que « c’est le pataquès », en parlant de l’état de son appartement (il est assez bordélique). J’ai beau lui dire que le terme s’applique à une situation, il n’en démord pas (il est têtu). Je crois qu’il trouve le mot tellement joli qu’il refuse de le retirer de son vocabulaire courant (c’est un esthète).
Dans un registre moins châtié, mon ex avait lui aussi une série d’expressions bien à lui. Je me souviens de sa façon de parler de « son arbre » pour désigner son portefeuille (qu'il perdait tout le temps) ou de ses déclarations tonitruantes comme quoi il s’en foutait « comme des couilles du pape » (c'est un bouffeur de curés). Au début de notre histoire, quand on lui demandait « Ça va ? », il répondait toujours : « Comme une couque » (ça voulait dire qu’il allait très bien).
Il tient cette manie de sa mère, je pense, qui se défend pas mal avec les expressions saugrenues. Elle y mêle même des « brides » de wallon, et pourtant « dieu sait » que ce n’est pas le genre (elle est plutôt proutprout).
Depuis qu’on n’est plus ensemble, j’ai remarqué qu’il avait ajouté de nouvelles expressions à son répertoire. Maintenant, quand on lui demande « Ça va ? », il répond : « C’est pas pire » (il en a fini avec les pâtisseries). Je crois qu’il a piqué la formule à une de ses nouvelles conquêtes, mais je ne veux pas savoir laquelle (il les enchaîne).
Au travail, il y a de quoi faire une encyclopédie des expressions particulières à chacun. Mon collègue le plus proche aime faire dans les approximations (il est comme ça). Ça me fait toujours rire quand il dit « Tu m’as enduit avec de l’erreur » ou « Ça ne sera pas fait avant les années bissextiles » (il l’a piquée à Jamel Debouzze, celle-là).
Et toi. Tu en as plein aussi, des petites formules qui m’attendrissent, parce qu’elles n’appartiennent qu’à toi. Tu aimes jouer avec les mots, c’est sûr (ce n'est pas pour rien que tu es fan de Vian et Queneau). Ça me manque, de t’entendre, si tu savais...
Alors, j’écoute des interviews de toi sur Internet (tu es un homme médiatique). Je retrouve tes petites expressions toutes faites. Dans l'une d'elles, tu disais, à propos d’une pâtisserie - décidément, on y revient -, que la recette tenait « de l’art de raccommoder les restes » (tu es un poète, à moins que tu ne l’aies simplement pas fait exprès).
18:20 Publié dans C'est-à-dire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : expressions

