24.09.2007

Le pourquoi du comment

Je n’ai pas osé te répondre l’autre jour. Tu avais l’air si triste, je n’ai pas osé. Ça m’aurait paru indécent de te raconter. J’ai tourné autour du pot pour ne pas te faire de peine. J’ai évoqué un vague processus, donné des raisons, un semblant de calendrier. Mais je me souviens parfaitement quand et comment c’est arrivé. 

C’est très précis comme souvenir. 

C’était un matin, on était dans le métro. Nos mains se touchaient sur la barre où on se tient quand ça balance. On a discuté de tout et de rien. Je lui ai parlé de la formation que j’allais devoir donner ce jour-là. La nuit avait été courte, mais mes collègues me trouveraient quand même une bonne mine. Il m’a embrassée rapidement sur la bouche en sortant à la station avant la mienne pour aller bosser. Il a dit : « Bonne journée ». C’est à ce moment-là. 

J’y ai cru, naïve que je suis. J’ai cru qu’on allait s’appeler au soir, se voir le lendemain, commencer enfin sérieusement cette histoire. J’ai cru que ça allait bien se passer. J’y ai cru toute la journée. 

Ça ne m’arrive pas souvent, d’être confiante, tu es bien placé pour le savoir. 

Quand j’y pense, je me dis que j’ai bien raison de ne pas être de nature optimiste. Même, je crois que je ne devrais plus croire en rien du tout à partir de maintenant. Ou alors, me contenter de croire en Dieu comme tout le monde. Au moins, quand on est déçu, il est trop tard : on est déjà mort, le chagrin ne nous survit pas.